Interview: Yves Kpeto pense d’un lendemain meilleur du showbiz togolais 

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Le monde traverse une période difficile. Les effets négatifs de la pandémie actuelle se ressentent dans tous les secteurs d’activités. Les artistes ne sont pas épargnés, ce qui signifie que le secteur culturel est frappé de plein fouet. Entre inexistence de concerts et autres événements, appel à reconversion (pour changer de métier) l’atmosphère n’est pas du tout convivial.

 

Le journaliste Yves Kpeto nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur les freins de la culture en Afrique, parle de ses contributions à son émergence. Il n’a pas manqué d’envoyer des ondes positives et donc des mots de soutien aux artistes. Il leur demande de tenir bons et de rester fermes.  Il nous dévoile une partie de ses projets d’avenir. Bonne lecture !

 

Bonjour M. Yves Kpeto. Vous avez plus de 20 ans d’expérience en Journalisme et animation radio. Comment percevez-vous les changements que connait ce domaine avec l’arrivée des nouvelles technologies ?

 

Je suis Yves Kpeto, journaliste, animateur radio et télé, manager et présentateur. Je coordonne une association culturelle Yvescoprod.  Les réseaux sociaux sont un couteau à double tranchant. Chacun se lance comme il veut et peut faire sa promotion sans aller vers une radio ou télévision. On peut faire un bon travail mais l’essentiel est d’avoir des résultats probants.

 

 

Ces technologies ne sont plus nouvelles car elles datent de plusieurs décennies. Aujourd’hui, une personne peut faire des directs et avoir plus de visibilité. Soit la personne fait tout avec des coquilles et erreurs soit elle soumet son travail à des professionnels. Les réseaux sociaux permettent aux artistes d’être plus connectés, de se mettre en valeur. Mais en même temps, ils peuvent détruire tout comme construire.

 

Très actif dans la diaspora africaine, comment avez-vous vécu votre « reconversion » en passant du journalisme au domaine culturel ?

 

Il ne s’agit pas d’une reconversion. Je demeure journaliste à vie. C’est une profession. C’est vrai que j’ai plusieurs casquettes mais je demeure journaliste. Si on me remet un micro, je travaillerai comme il faut. Je suis toujours cet acteur culturel et homme de médias ayant travaillé à Radio Maria Togo, Nana FM, TVT où on a produit la première télé réalité du Togo. De par le passé, j’ai piloté beaucoup d’autres initiatives comme des concours de chants, des excursions. Il y a eu un concours rassemblant 25 collèges et lycées de Lomé. C’était une expérience enrichissante. Nous étions dans les années 2006. L’événement qui nous a marqué était celui du « patin à roulette » qui a rassemblé beaucoup de personnes autour de ce sport. Les délégations spéciales, gendarmeries et ministères étaient à nos côtés.

 

A quoi devez-vous finalement votre déclic d’organisateur de grands événements culturels avec votre structure YvescoProd?

 

 

J’aimais beaucoup rassembler les jeunes et me retrouver au milieu d’eux. C’est le lieu de remercier la Communauté salésienne du Togo pour nous avoir formés dans le temps grâce aux camps, les colonies de vacances. C’était l’époque où on faisait des jeux de société, de la poésie, du théâtre, entre autres activités. Cela a suscité en moi un engouement. Les bal masqué, kermesses, les fêtes à l’église ont beaucoup contribué à mon amour pour l’organisation des événements. Je dois aussi ce déclic à mes amis qui croient en moi et qui me soutiennent tout le temps. Quand on fait un événement et on sent du soutien, c’est facile d’aller plus loin. Je précise que j’ai aussi cette prédisposition à parler en public, à tenir toute une foule en haleine.

 

Sur le terrain, comment accompagnez-vous les artistes togolais ?

 

Nous avons une nouvelle maison de production aux USA. Nous voulons contribuer à une meilleure émergence de la musique avec l’expérience que nous avons. Nous voulons tirer vers le haut nos jeunes talentueux qui manquent de soutiens. Nous avons des contacts avec des artistes.

 

A titre personnel, je les invite à prester à l’international. Il a collaboré avec plusieurs artistes africains et sur tout Togolais. Sur mon événement « l’été en famille », j’invite des Togolais à venir chanter pour faire plaisir au public et se faire connaître aussi. En 2018, lors du festival Ontario de la musique, j’ai fait la rencontre de Yao, un artiste canadien d’origine Togolaise avec qui j’ai négocié un contrat pour venir se produire à Paris et les négociations sont toujours en cours. A côté de cela, je représente en Europe Legacy Record (basée aux Etats-Unis) et j’attends qu’elle s’installe bien pour que nous puissions travailler convenablement avec les artistes.

 

Quelles sont les réelles difficultés qui freinent l’émergence de la culture africaine dans le monde du showbiz ?

 

La culture africaine émerge mais les artistes sont obligés d’immigrer avant de pouvoir mieux jouir de leurs œuvres. Les artistes qui restent au pays n’évoluent pas comme il se doit. Ils sont nombreux, ces artistes africains qui sont entourés par des structures étrangères et qui arrivent à connaître un vrai succès.

 

Quand on reste dans son pays et quand on n’a pas les moyens, c’est compliqué. Si nous prenons le cas du Togo, combien on paie aux artistes par mois jusqu’à parler de reconversion ? Un ministre qui demande aux artistes de se reconvertir, cela pose problème. Du moment où il parle de reconversion, cela signifie que son ministère n’existe plus. C’est un exemple de frein pour l’évolution de la musique. Du côté de la Côte d’ivoire, les lignes bougent de mieux en mieux. Au Ghana, c’est rare d’écouter de la musique étrangère. Il y a beaucoup de paramètres qui freinent le showbiz. Manque de studios, de relations ou de réseaux, d’événements tout au long de l’année. Beaucoup ont dû lâcher à un moment donné. Chaque pays a sa difficulté particulière.

 

Avez-vous des projets pour l’Afrique et spécialement pour le Togo ?

 

J’ai des projets. Celui qui me tient à cœur est le Festival culturel de la diaspora (FECUDIA). Son objectif est de rassembler des artistes Africains et Togolais de la diaspora. Au regard de leur nombre élevé nous pouvons les regrouper sur un festival. Et on pourrait élargir l’organisation aux autres artistes Africains. Il nous faudra un parrain pour chaque événement. J’y pense. On avait organisé un événement pour la paix en 2015, les participants se sont mobilisés. Tout est question de temps et d’espérance.

 

En ces temps de pandémie avec l’inexistence de concerts et autres spectacles, quels conseils pouvez-vous donner aux acteurs culturels en général ?

 

Aux acteurs culturels, je demande de patienter et d’espérer. Si c’est qu’ils étaient payés comme il faut ils pourraient facilement tenir. L’œuvre produite devrait normalement être mieux rémunérée. Les artistes sont très mal payés, tout est politisé. Nos artistes vivotaient avant la crise. Je ne peux que leur souhaiter du courage en attendant de leur tendre la main bientôt. N’est pas artiste qui veut. Il faut aussi beaucoup de sacrifices et de charisme. Ceux qui ont du talent, qu’ils continuent à créer du réseau, former une équipe de professionnels autour d’eux, saisir des opportunités.

 

 

Votre mot de fin

Merci pour vos efforts d’informer et d’essayer de soutenir tout ce qui est culturel sur le plan africain. Je remercie la diaspora qui soutient certains artistes africains et togolais. Avec mon événement « l’été en famille », on va faire notre part. Ce sera de même avec Yvescoprod. J’espère vivement que nous allons donner au showbiz togolais ses lettres de noblesse.


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Biscone ADZOYI

Linguiste-journaliste et Animateur des Reseaux Sociaux